De l'autre côté

Publié le 17 Septembre 2009

Voici le compte rendu d'un Kikourou présent sur l'UTMB mais du côté spectateur supporteur.
Des instantanés de course où l'émotion et le dépassement de soi sont présent.

C’est important pour moi d’être là cette année alors que je ne cours pas depuis près d’un an, et grâce à ça, en fait, je vais découvrir une facette moins connue de l’ultra endurance.

Je me mets à écrire ces quelques ligne pour témoigner, si besoin, que l’ultra endurance est plus que juste une performance physique ou une course au chrono.

Les instantanés que je vais essayer de vous retranscrire le plus fidèlement possible, resteront gravés dans ma mémoire tant, les hommes et les femmes, connus ou inconnus dont je vais vous parler m’ont montré sans le vouloir la plus belle partie d’elles mêmes, celle sans artifice, celle qui disparaît quand nous sortons de l’enfance.

JUSTE UN COUP DE MAIN


…….il arrive, désemparé, épuisé. Ce qui fait que je le remarque au milieu des autres, c’est son tee shirt. Il fait 3 degrés. Je le regarde plus précisément, il doit voir une trentaine d’années, mais avec ça houppette rousse et ses taches de rousseurs, il me semble si fragile, enfantin…….mais surtout, plus capable du tout de réfléchir. Il se couche directement sur un banc pour dormir. Dans son état c’est l’hypothermie assurée. Je l’oblige alors à s’habiller et lui demande avec mon anglais très approximatif combien de temps il veut dormir. Five minutes please me répondit-il. T’a qu’à croire. Il s’endort instantanément . Je ne le réveillerai que ¼ d’heure plus tard, mais avec un café fumant.

Un grand sourire et une vraie accolade, avec plein de thank you et encore des sourires. Il est reparti après avoir mangé un morceau et rempli sa poche à eau avec au passage une poignée de main et un grand sourire…….je reste sans voix, un peu abasourdi de ce que peut provoquer un café chez un anglais.

………..C’est bien d’être là…….


SIMPLE OBSERVATEUR


……depuis quelques temps, j’observe les lucioles qui forment une guirlande sautillante au gré des foulées plus ou moins assurées des coureurs. Une d’entre elle n’a pas le même rythme que les autres mais au début je n’y prête pas attention. C’est en fait une luciole immobile …..non en fait elle se rapproche mais vraiment lentement, même à y regarder de plus près elle a tendance à louvoyer.

Quand elle arrive à ma hauteur, je comprend qu’elle vient de loin, de très-très loin, il a fallu au canadien sous la luciole aller puiser en fait au plus profond de son courage pour arriver ici. Il tombe littéralement dans les bras de la bénévole qui venait voir si elle pouvait l’aider…….un attroupement se crée autour de lui, on le couche, il est entre de bonnes mains ………….bien plus tard, il est de nouveau assis et veut repartir……on lui apporte un café, la tasse tombe de ses mains…..un médecinlui parle de long moments et même si je ne comprend pas ce qu’il lui dit, son discours est calme et apaisant avec plein de gestes d’affection…….ça y est, il lâche prise, enfin il a compris, pour lui, aujourd’hui, c’est fini……..il pleurt……..Trop de souvenir me reviennent et je m’éclipse pour ne pas pleurer à mon tour.

………..Intense comme moment et surtout inoubliable…..


OBSERVATEUR ENCORE

………petit, costaud et avec de belles moustaches, comme celle des acteurs dans les brigades du tigre, immanquable, et en plus il boite des deux jambes tout en faisant la grimace de douleur. Les bribes de conversation qui arrivent à mes oreilles, tendinites…….fatigue……abandon….plus tard, je retrouve mon gaillard, couché sur un banc, la tête sur les genoux de sa femme. Je crois qu’il dort, mais pourtant elle lui parle en lui passant la main dans les cheveux……il est reparti, un peu plus tard, toujours en boitant, mais avec un mental en béton et j’en suis certain la conviction de terminer ce pourquoi il était venu……..Ou, quand l’amour aide le mental à surpasser la douleur………

JUSTE QUELQU’UN DE BIEN

Elle le cherche, elle l’appelle, il devrait déjà être là….Elle l’a déjà loupé une fois….à ce moment là, après 24 heures d’effort c’est la seule chose qui compte, le retrouver.

Enfin, il est là, elle l’a en face d’elle. Il a fait tout ce chemin pour la voir, elle.

Elle se détend, elle est bien, comme si maintenant tout cela avait un sens.

Ses regards à lui sont admiratifs, mêlés de craintes et d‘appréhension, car il n’est pas sûr que ce soit bien raisonnable tout ça . Lui, il voudrait la protéger, il voudrait l’aider…..il ne s’en rend pas compte, mais il a déjà fait l’essentiel….Il est là.

Rien que pour ça, elle est heureuse, il ne peut plus rien lui arriver, son grand frère est près d’elle.

………un bonheur simple, de belles personnes, c’est bien d’avoir été là……..

Ps : elle a fini ,son frère était là.




FANFAN ET LE GEANT CONTRE LA BARRIERE DU TEMPS



……..il y a longtemps maintenant qu’il attend, et il se fait du souci. Le chemin est long et le temps s’égraine rapidement. Plus que deux heures avant que les portes ne se referment. Le géant voit passer beaucoup de petits d’hommes, certains même qui ne veulent plus savoir ce qu’il y a après la barrière du temps, mais aujourd’hui, il n’est pas là pour eux. Il scrute, mais à l’horizon, toujours pas celle qu’il attend.

Il l’a déjà vu, il saura la reconnaître, c’est un petit bout de femme, qui il le croit, s’appelle FANFAN; Il ne sait pas grand chose sur elle, sauf que dans sa contrée, c’est une grande rebouteuse pour animaux .Ils se sont déjà rencontré, car en d’autres temps, en d’autres lieux, elle était venue butter contre la porte que gardait le géant, alors gardien du temps d’un lieu appelé dauphin. Mais en ce jour et en ce lieu, l’erreur doit être réparée. Il est là pour l’aider à franchir cette barrière du temps.

Il est encore confiant, mais plus les minutes passent, plus la peur le gagne. C’est que de là ou il est posté pour l’attendre, il y a encore un long chemin jusqu’à la porte et que les jambes de fanfan sont petites et seront déjà bien fatiguées.

Enfin, au loin, dépassant des herbes hautes, il voit dépasser la chevelure bouclée de fanfan. Plus que 15 minutes. Il court vers elle et il voit en s’approchant qu’elle ne sait pas, elle doute…elle le lui dit….C’est pour ça qu’il est venu, alors pas question….il la pousse à courir pour passer la porte du temps et décider après….cours fanfan, cours, ne t’arrête pas, pas avant la porte…..COURS…..PLUS VITE…..ENCORE…..le géant sait que c’est dur, il crie plus qu’il ne parle. Ils arrivent aux portes et le géant ne doit pas rentrer, il n’en a pas le droit.

Pourtant il sait tous les dangers qui attendent fanfan à l’interieur, les sourires des bénévoles, des chaises, des lits, des bons repas, des soigneurs et des masseurs aux muscles huilés……le géant crie à fanfan de sortir……VIIIITE……et là, soulagé, il la voit réapparaître par la porte et passer devant un autre géant qui lui arrache son bol de soupe, comme une ultime tentative pour la retenir.

OUF, il ne s’écoule plus que 34 secondes après que fanfan ait passé la barrière du temps, qui se referme sur tout ceux qui n’ont pas pu ou pas voulu voir ce qu’il y avait après…..

Fanfan est repartie vers une autre barrière du temps et le géant se demande si lui, dans l’état de fatigue de fanfan, aurait couru ou s’il aurait jeté l’éponge ?………Il ne sait pas, mais ce dont il est certain, c’est qu’en ce lieu et en ce jour, le géant, n’était pas forcement le plus grand……..

M….. ET MERCI

S’il était important que je sois là cette année, c’est pour pouvoir vivre l’arrivée d’un copain qui essayait pour la deuxième fois de faire le tour et qui malgré la déception de son échec était venu m’encourager et me voir franchir l’arche l’année dernière.

J’ai vu dans son regard la joie qu’il éprouvait à me voir finisher. Presque autant que si c’était lui et je voulais impérativement voir son arrivée.

Il aura suffit d’une petite bactérie de rien du tout pour terrasser le héros et te laisser sans force sur le bord du chemin.

Sans vilain jeux de mots, M…., fait Ch… !

Quand tu auras décidé de te relancer, compte sur moi pour t’accueillir sous l’arche.

Dans tous les cas, c’est grâce à toi que j’ai vécu de grands moments sur cet Utmb 2009 et pour ça merci Xavier.


FIN

Ps: c’était bien d’être là

Rédigé par phil

Publié dans #Course à pied

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article